(article paru sur le site du constructeur en automne 2006) 

Fort de l'expérience du TGV, Alstom achève le développement de l'AGV avec des objectifs très ambitieux sur le marché des trains à grande vitesse. Reste que la SNCF n'en veut pas et que les concurrents ont déjà pris des positions sur les marchés internationaux.

Alors que la SNCF vient de fêter en grandes pompes les 25 ans du TGV, son partenaire industriel, Alstom, pense très fort à imposer un successeur. Début 2007, le premier prototype de l'AGV (Automotrice – ou Alstom - à Grande Vitesse) doit être présenté au public, avant une première mise en service prévue en 2009. Ambitieux, Philippe Mellier, le directeur général d'Alstom Transport, a annoncé à l'occasion du salon Innotrans qui s'est tenu la semaine dernière à Berlin, qu'il visait pas moins de 50% d'un marché qu'il estime à "1000 rames en quinze ans" alors qu'il revendique 70% des ventes effectuées jusqu'à présent. Moyennant quoi, il se prépare à affronter une concurrence féroce.

Pour imposer l'AGV, Alstom mise d'abord sur une motorisation innovante. Celle-ci se répartit désormais sous chaque voiture, permettant de maintenir la puissance de la rame, quelle que soit sa longueur. Les motrices en tête et en queue de train deviennent ainsi des wagons passagers, permettant de gagner 30% de places supplémentaires sur le TGV classique. Côté fabrication, les ingénieurs ont allégé le train en utilisant des matériaux composites, pour économiser 15% d'énergie, affirme Alstom. L'AGV a également réduit le nombre de bogies (12 au lieu de 16 chez son concurrent Siemens), alors que ces éléments représentent près de 40% des coûts d'entretien du train, fait valoir le groupe français. Enfin, l'AGV a été conçu pour affronter la bataille annoncée des 350 km/h (contre 300 pour le TGV actuel et 320 pour le futur TGV Est).

La déception, c'est que malgré ces performances, la SNCF, autrement dit le principal acheteur de trains d'Alstom, n'est pas intéressée. En tout cas pour l'instant. Elle a d'ailleurs entamé des tests pour porter la vitesse du "vieux TGV" à 350. Car elle a d'autres priorités : "Nous avons confirmé la commande de TGV à deux niveaux, car nous privilégions pour le moment les grandes capacités" explique Mireille Faugères, responsable voyage France Europe. L'AGV doit donc se tourner vers l'export, alors qu'en 25 ans d'exploitation, seules 96 des 656 rames de TGV ont été vendues à l'étranger. Mais le marché promet d'être énorme. En Europe, "le réseau grande vitesse doit être multiplié par cinq à l'horizon 2020" a déclaré Guillaume Pépy, numéro deux de la SNCF. Et ce alors que d'autres projets d'infrastructures doivent prochainement aboutir. Côté Alstom, les équipes commerciales s'intéressent aux marchés argentins, chinois, et russes où des appels d'offres ont été lancés.

L'export risque toutefois de se heurter aux ambitions de nouveaux acteurs qui ont pris de l'avance sur le terrain. Ainsi, le Velaro de Siemens (***ndlr*** ICE 3) roulera dès l'année prochaine à 350 km/h entre Madrid et Barcelone. Le canadien Bombardier peaufine son Zefiro qui pourra aller aussi vite et transporter jusqu'à 1150 personnes, contre 980 passagers pour l'AGV. Quant au Shinkansen, le pionnier japonais, il ne compte pas non plus se laisser prendre de vitesse. Enfin, la technologie de la sustentation magnétique, développée par Siemens, peut rouler jusqu'à 430 km/h. Une première ligne est déjà exploitée entre Shanghaï et son aéroport (30km) et les autorités chinoises prévoient d'allonger la distance de près de 200 km. Reste à savoir si l'accident meurtrier de vendredi dernier à Lathen en Allemagne ne risque pas d'entraver son développement commercial.

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AGV, c'est le nom du nouveau train à grande vitesse que le groupe ferroviaire Alstom a dévoilé mardi 5 février, en présence du président Nicolas Sarkozy. Alstom compte exporter à grande échelle le prototype de ce train, conçu pour rouler à 350 km/h, après l'avoir vendu en Italie. La présentation a eu lieu au centre d'essais d'Alstom situé près de La Rochelle (Charente-Maritime), en présence du président de la République Nicolas Sarkozy, du secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau, du PDG d'Alstom Patrick Kron et de près de 500 invités et journalistes, selon Alstom.


Sans le concours de la SNCF

Le constructeur ferroviaire a conçu seul ce nouveau train - qui se veut plus rapide, plus spacieux et plus "propre" -, sans le concours de la SNCF dont les équipes avaient étroitement participé à la naissance du TGV, qui fête cette année ses 27 ans. L'AGV, que le groupe n'hésite pas à comparer à l'avion géant A380, est conçu pour rouler plus vite que le TGV: 350 voire 360 km/h contre 320 km/h maximum pour le TGV Est. Autre particularité, l'AGV possède une motorisation répartie sur toutes les voitures du train, plutôt que concentrée sur les deux motrices en tête et en queue, ce qui permet selon Alstom de gagner de la place pour les passagers et de réduire les coûts de maintenance.

Mieux que le Zefiro et l'ICE

Des moteurs dits "à aimants permanents" permettent aussi de moins consommer d'énergie, fait valoir le groupe français. Surtout, "l'AGV a été conçu pour intégrer les besoins à l'export", explique Alstom, qui a remporté en janvier sa première commande pour ce train nouvelle génération. L'opérateur privé italien NTV a acheté 25 rames, une commande assortie d'un contrat de maintenance sur 30 ans, pour un total de 1,5 milliard d'euros. Mais la société, qui prévoit de mettre ses trains en circulation à partir de 2011, ne les fera rouler qu'à 300 km/h. Avec ce contrat, Alstom a damé le pion à ses rivaux, le canadien Bombardier, qui lui aussi a concocté un train ultra-rapide, le Zefiro, mais surtout l'ICE de l'allemand Siemens. Selon la presse allemande de lundi, l'AGV serait de plus très bien placé pour remporter un appel d'offres en Allemagne au nez et à la barbe de Siemens.


Commandes

En 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie et des Finances, avait contribué à sauver du démantèlement Alstom, qui se trouvait en grande difficulté financière. C'est sur le site Alstom d'Aytré, près de La Rochelle, qu'il avait effectué son premier voyage en province après sa nomination à Bercy. Par ailleurs, en octobre dernier, lors de la visite au Maroc de Nicolas Sarkozy en tant que président, le royaume chérifien a passé commande d'une ligne de TGV ancienne génération. En janvier, l'Argentine a elle aussi commandé son TGV.